2012-2013

Novembre/décembre 2012

Les rencontres avec Eric FOTTORINO autour de son roman Le Dos Crawlé  et le poète Georges BONNET pour son livre Entre deux mots la nuit ont tenu leurs promesses. L'un et l'autre, dans des registres différents, ont su capter l'attention des étudiants du lycée de La Venise Verte et du public niortais.

Le 22 novembre dernier, Eric Fottorino a partagé avec le public réuni à la Médiathèque Pierre-Moinot son désir de retrouver, en écrivant Le Dos Crawlé, les sensations de son enfance: la brûlure des pieds dans le sable de Pontaillac chauffé à blanc en 1976 avant la caresse du soir, expérience qui donne à penser que ce que l'on croit éternel s'arrête. On est loin des idées générales, c'est ce que permet le roman quand il donne une place aux enfants, ce qui est souvent le cas dans les écrits de l'auteur. Ici, l'enfant est le narrateur. Son langage, confie l'écrivain, a été recréé sans aucun souci de réalisme: cette voix parle encore en moi, dit encore en substance Eric Fottorino, l'écrit en est un arrangement: images enfantines, jeux avec les mots: je me renfloue/je me rends flou... Ce qu'il recherche, c'est la sensualité, des sensations vraies qui sont autant d'expériences: "Un grain de sable (retrouvé dans un livre lu sur une plage), c'est du temps". Les lieux sont réels mais Le Dos Crawlé peut être lu comme une métaphore: quand on grandit, on nage sans savoir où l'on va. On peut y voir aussi un roman d'initiation à des sentiments, à la sexualité, à la mort, l'été 76 étant la métaphore d'un passage. Plus largement, Eric Fottorino confie: "Je n'aurais pas écrit si j'avais su qui j'étais", lui qui dans les mots de sa grand-mère C'est un enfant débrouillard entendait C'est un enfant des brouillards. Ses romans sont des quêtes identitaires, il cite Henri Michaux: "Je suis né troué", il dit écrire pour sortir du gouffre, faire le pas de côté de la fiction pour aborder plus fortement le réel avant de confier: se construire sur un manque, c'est très riche.

Le 13 décembre, c'est au foyer du Centre Dugueclin que Georges Bonnet a été accueilli par La Belle Heure. Ceux et celles qui ont courageusement affronté le vent et la pluie de cette fraîche soirée n'ont pas eu à le regretter. Le poète a confié avec une émotion difficile à contenir le travail d'écriture qu'il a entrepris les derniers mois de la vie de son épouse, atteinte depuis plusieurs années d'une pathologie proche de la maladie d'Alzheimer. Il a évoqué avec les mots du quotidien les étapes de la maladie, de l'agessivité des débuts au mutisme, à  l'absence des derniers temps. Son ami Pierre Vignaud a donné à entendre la voix du poète dans Entre deux mots la nuit. Puissance des mots pour montrer l'absence douloureuse de l'autre, l'amour qu'on lui porte encore, le désarroi de la perte:

Le jour est gris. Elle se tient droite derrière son silence.                

Toute parole serait vaine.

                                                                                Les yeux rivés sur le mur, elle rêve, libérée par l'oubli.

 L'ennui n'existe pas.

Elle n'a ni regrets, ni espoirs.

L'instant est fait d'un petit rien.

                                                                               Nous respirons le même air, les mêmes choses s'imposent à nous, mais elle est dans un autre temps.

Georges Bonnet explique comment écrire lui a permis de se mettre à distance pour, paradoxalement, rester présent jusqu'au bout aux côtés de son épouse désormais disparue. Soirée sous le signe de l'émotion...

 En 2013...

Les collégiens de Champdeniers n'ont pas regretté d'avoir relevé le défi: lire au moins deux volumes de la série Sérum , avant de recevoir dans leurs classes l'écrivain Henri Loevenbruck, le 24 janvier dernier. Ils en ont vite lu les six volumes, séduits par le concept imaginé par Henri Loevenbruck et son ami de toujours Fabrice Mazza , grand inventeur d'énigmes: faute de pouvoir renouer avec l'art des feuilletonistes d'autrefois, les deux complices ont écrit une histoire selon la méthode des séries télévisées: trois "saisons" de six épisodes sont donc prévues pour Sérum qu'on peut lire en écoutant une bande-son composée par Henri Loevenbruck, musicien reconnu. Fortement sollicité, l'imaginaire des collégiens en a conduit certains à dessiner l'univers de Sérum et à le partager avec l'écrivain, ravi.

Aux personnes - trop peu nombreuses, hélas! - qui, ce même jour, n'ont pas hésité à gravir la colline Saint-André pour l'écouter, Henri Loevenbruck a confié que pour lui, écrire, c'est rechercher la rencontre avec ceux que la vie ne lui permettra jamais d'approcher, comme ceux de la voiture d'à côté, arrêtés au feu rouge, croisés un instant et qu'on ne reverra jamais plus. Il a aussi expliqué comment il écrit: une idée lui vient, quelquefois en rêve, comme celle de la chambre vide de son roman L'Apothicaire. Il situe l'histoire qui germe dans une autre époque, un autre univers, ce que permet la fantasy, par exemple: cette transposition offre une approche nouvelle d'une réalité actuelle et peut ouvrir le lecteur à la considérer sous un nouvel angle . La deuxième étape consiste pour lui à se documenter, elle peut être très longue mais le passionne. Vient ensuite l'élaboration d'un plan, d'un synopsis très détaillé. Puis c'est le moment délicat de l'écriture avant la lecture par quatre lecteurs d'univers différents - dont sa mère - qu'il réunit pour un échange et d'indispensables ajustements avant l'envoi du tapuscrit à son éditeur... impitoyable! Presque toujours, l'un de ses personnages porte un nom en rapport avec les loups, animaux qu'il aime passionément depuis qu'il les a côtoyés pour écrire La Moïra. Sans l'avoir vraiment décidé, Henri Loevenbruck met souvent en présence un homme adulte et une jeune fille, comme deux parts de lui-même peut-être, mais aussi parce que l'idée de transmission lui importe et qu'elle s'incarne de cette façon dans les histoires qu'il raconte.

Le talent du chanteur et guitariste Eric Simon a ravi le public réuni le jeudi 14 mars au foyer du centre Duguesclin pour fêter le printemps des poètes. Les mots des plus grands, de Villon à Rimbaud, en passant par Du Bellay, Apollinaire, Supervielle ou Cadou, mais aussi ceux du poète breton Armand Robin ont résonné fortement dans le coeur du public enchanté par la voix et les mélodies d'Eric Simon.

Le jeudi 4 Avril,  Bernard Ruhaud a su intéresser et toucher le public venu l'écouter raconter son enfance à Nanterre dans les années 50. Il a évoqué son père, militant communiste très engagé aux côtés des ouvriers mais aussi des algériens, malgré les tensions occasionnées par la guerre d'Algérie. Avec beaucoup d'émotion, il a raconté aussi la mort brutale de sa mère, sa conscience d'avoir écrit Salut à vous! pour ses enfants mais surtout pour retrouver sa mère. Il a expliqué enfin son désir d'échapper à l'autorité de ce père qu'il quitte définitivement à l'âge de 17 ans. Il a confié avoir rédigé ces récits autobiographiques d'un seul jet, habité par la nécessité d'écrire...

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×